Armure équestre de François Ier

Armure équestre de François Ier

Armure équestre de François Ier. Cuir, fer forgé partiellement doré, textile Paris, musée de l’Armée, inv. G. 117.Photo © Paris – Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pierre-Luc Baron-Moreau

Cette armure a été commandée en janvier 1539, au cours de la trêve de Nice, par Ferdinand Ier (1503-1564), frère de Charles Quint et futur empereur, pour être offert en présent diplomatique à François Ier. L’armure est achevée l’année suivante mais la reprise des hostilités entre la France et l’Empire la retiennent à Innsbruck jusqu’au XIXe siècle. L’ensemble rejoint alors les collections rassemblées au château d’Ambras par l’archiduc Ferdinand. En février 1806, alors que ses armées occupent l’Autriche, Napoléon Ier manifeste son intérêt pour cette armure. Selon son vœu, elle est partiellement envoyée à Paris mais l’improvisation et la hâte avec lesquelles est mené ce transfert n’ont pas permis l’enlèvement de la totalité des pièces, désormais partagées entre Paris et Vienne.

Photo © Paris – Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pierre-Luc Baron-Moreau

Armure de guerre et de joute pour le roi François Ier Jörg Seusenhofer (armurier), Degen Pirger, Hans Polhaimer le Vieux et le Jeune, Paul Dax (graveurs), Innsbruck, 1539-1540.Fer forgé, repoussé, ciselé, gravé et doré. Hauteur : 2,04 m ; largeur : 0,65 m ; profondeur : 0,45 m ; poids : 20,6 kg. Provenance : collection de Ferdinand II de Tyrol au château d’Ambras, armure rapportée en France sur ordre de Napoléon Ier en 1806, exposée au musée des Souverains au Louvre à partir de 1852, puis renvoyée au musée d’Artillerie en 1872. 
Paris, musée de l’Armée, inv. G 117Photo © Paris – Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pierre-Luc Baron-Moreau

Le chef-d’œuvre de Jörg Seusenhofer est l’unique armure qui puisse avec certitude être attribuée à François Ier et le seul objet qui permette aujourd’hui de mesurer la stature peu commune du souverain. Le roi de France n’a pourtant jamais revêtu ni même vu ce harnois, commandé à son intention au moment d’un réchauffement des relations diplomatiques entre le royaume de France et l’Empire, et que la rupture de la trêve empêcha d’être livré. Le frère de Charles Quint, l’archiduc Ferdinand de Habsbourg, roi de Hongrie et de Bohême puis roi des Romains (futur empereur Ferdinand Ier), est à l’initiative de cette commande, décidée après la signature d’un éphémère traité de paix entre les deux États, à Nice, en juin 1538, et la réconciliation entre Charles Quint et François Ier, à Aigues-Mortes, en juillet suivant.

Le plus grand armurier d’Innsbruck, Jörg Seusenhofer, est envoyé à Paris en 1539 pour prendre les mesures du roi de France. Il se voit d’ailleurs confier, à l’occasion de ce voyage, plusieurs commandes par des membres de la cour. Le harnois destiné au roi est un Doppelküriss, composé d’une armure de guerre (Feldküriss), complétée d’un certain nombre de pièces ou de renforts permettant de l’adapter à la pratique du Freiturnier (tournoi), à celle du Plankengestech (joute à la barrière à la manière italienne) ou à celle du Stechturnier (à la manière allemande). D’ une qualité formelle exceptionnelle, la grande armure du souverain français est ornée de bandes gravées à l’eau-forte et dorées, bordant les éléments de l’armure ou se détachant sur le fond poli « à blanc ». Ce décor est essentiellement composé de frises de rinceaux enserrant des trophées d’armes, mais une scène de chasse borde l’encolure du plastron, de part et d’autre d’un cartouche central où figurent les allégories de la Prudence (?) et de la Force.

Les pièces principales de l’armure sont en outre frappées de grandes fleurs de lys traitées au repoussé, gravées et dorées, qui, pour les plus monumentales d’entre elles (sur les cuissards, les tassettes, les épaulières et les cubitières protégeant les coudes), s’éloignent d’ailleurs des usages héraldiques français, en prenant la forme du lys « florencé », enrichi de « pistils » qui émergent entre les pétales. Cette présence emblématique assez démonstrative contredit d’ailleurs la discrétion avec laquelle ces éléments héraldiques sont en général traités en France. 

L’armure n’est pas encore achevée à la fin de l’année 1539, au moment où François Ier autorise Charles Quint à traverser son royaume avec ses troupes, de l’Espagne vers la Flandre, pour aller mater la révolte des Gantois, et ne figure donc pas parmi les cadeaux que s’échangent les souverains lors des réceptions offertes par le roi de France à son hôte, à Loches, à Chambord puis à Fontainebleau. L’échec des négociations autour de l’abandon des prétentions françaises sur le Milanais, puis l’attribution de ce duché à son fils Philippe, décidée par Charles Quint en novembre 1540, sont les prémices à la reprise des hostilités, qui sera effective en juillet 1542. Bien qu’elle soit achevée, la grande armure n’est pas livrée et est intégrée par l’archiduc Ferdinand II de Tyrol (fils de l’empereur Ferdinand Ier) à l’extraordinaire collection d’armures de grands capitaines qu’il constitue dans son château d’Ambras, près d’Innsbruck. C’est là que, le 15 février 1806, le général Villemanzy, inspecteur en chef aux revues de la Grande Armée, fait prélever cette armure, avec une barde équestre qui semble lui correspondre, ainsi que neuf autres harnois ayant appartenu à des princes français, pour les faire envoyer à Paris. Les pièces de renfort permettant de protéger la partie gauche du corps pour la pratique de la joute sont en revanche oubliées, ainsi qu’une défense de tête complémentaire.

Exposée en octobre 1807 dans la « salle de la Victoire » (actuelle rotonde d’Apollon) au Louvre, l’armure de François Ier est ensuite versée au musée d’Artillerie, ancêtre du musée de l’Armée. Une étude anthropologique, réalisée en 1979 et basée sur les dimensions des tibias (que restituent les grèves, pièces rigides couvrant les chevilles), avait permis d’évaluer la taille du souverain Valois à environ 1,92 m. Descendue de sa monture et installée sur un mannequin en pied à l’occasion de l’exposition de la BNF, l’armure laisse entrevoir la large carrure, les jambes interminables mais fort maigres du roi François, ainsi que son exceptionnelle stature, que l’on peut situer plutôt entre 1,98 m et 2 m.

Olivier Renaudeau in François Ier, Pouvoir et image, catalogue BNF, 2015

Sources :

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