Dans les pas des soeurs Brontë, Charlotte, Emily et Anne.

Dans les pas des soeurs Brontë, Charlotte, Emily et Anne.

Lorsqu’on évoque les Brontë, on pense surtout à Charlotte et Emily, dont les œuvres, ainsi que l’existence, ont fait l’objet de multiples ouvrages et adaptations cinématographiques et télévisées. Toutefois, la famille Brontë toute entière eut une vie qui est un réel roman en soi.

Patrick Brontë, le père, issu d’une famille paysanne pauvre, était un autodidacte très doué qui entra au fameux St-John College de Cambridge où il fut ordonné prêtre de l’Eglise anglicane. En 1812, il rencontra Maria Branwell née dans la mystique Cornouailles anglaise. Le coup de foudre fut immédiat et réciproque, de 1814 à 1820, Maria mit au monde les six enfants : Maria, Elizabeth, Branwell, Charlotte, Emily et Anne.

Portrait authentique des sœurs Brontë, dit «à la colonne» peint par leur frère Branwell (vers. 1834). Anne, Emily et Charlotte sont représentée dans cet ordre, de gauche à droite. Au milieu, Branwell avait fait son autoportrait, mais il s’est volontairement effacé, personne ne sait pourquoi. Sombrant dans l’alcoolisme, peut-être ne se sentait-il pas digne de figurer avec ses trois sœurs prolifiques…

Cette peinture à l’huile a souffert d’avoir été découpée de son cadre par le mari de Charlotte, le révérend Arthur Bell Nicholls qui, après la mort de son beau-père, emporta la toile en Irlande où elle resta très longtemps pliée dans un tiroir.

En 1820, les Brontë s’installèrent au presbytère de Haworth dans les Moors du Yorkshire (les landes anglaises). L’endroit était mystérieux à souhait, propre à enflammer les esprits des six jeunes enfants, tous doués d’une personnalité passionnée et d’une imagination créatrice débordante.

Le presbytère de Haworth, maintenant le Musée Brontë

Leur mère décéda un an après l’installation au presbytère et son époux qui l’adorait ne s’en consolera jamais. Il vécut dès lors dans une sorte de dépression chronique qui fit de la petite maison un endroit un peu lugubre, ambiance renforcée par le cimetière se trouvant sous les fenêtres du presbytère et qui, les soirs de mauvais temps avec des arbres dénudés de feuillage, était propre à développer l’imagination déjà fertile des enfants.

Ceux-ci, afin de ne pas déranger leur père perdu dans ses pensées et dans ses travaux de pasteur, et n’ayant pas d’autres distractions, ni jouets que leurs lectures et leur créativité, commencèrent à imaginer un monde fantasmagorique, à transfigurer leur environnement, à inventer des personnages et des événements magiques ou mythiques.

Ce bonheur dans l’écriture romanesque, cette fièvre créatrice, grandirent avec eux et menèrent à ces réels chefs-d’œuvre que sont « Wurthering Heights », « Jane Eyre » et « The Tenant of Widfell Hall ». 

A cette époque l’écriture, l’aquarelle, la musique faisaient partie de l’éducation des jeunes filles et chez les enfants Brontë, ces talents étaient multiples et dépassaient ce qui est usuel dans ce domaine, tous les petits Brontë rassemblés autour de la table du salon imaginaient des royaumes et des personnages qu’ils décrivaient dans les livres miniatures, « Small Books », des petits carnets personnels illustrés à l’aquarelle. Les jolis carnets contiennent de nombreux croquis faits par Branwell et Emily, les plus doués pour le dessin, et donnent un excellent aperçu du décor et de la vie au presbytère au XIXe siècle.

The Brontë Moors – La lande du Yorkshire où ont évolué les Brontë.

Bien qu’austère, le pasteur Brontë aimait beaucoup ses enfants et il encouragea ses filles surdouées à écrire, lire, parcourir la lande ou rêver. Pour le pasteur, le rêve était à la base de toute créativité et de la création. Ayant bien cerné et compris l’intelligence de ses enfants, il envoya les deux aînées à Cowan Hall, une nouvelle école pour filles de pasteurs, afin de parfaire leur éducation.

Charlotte et Emily suivraient peu après, mais Maria, l’aînée (12 ans) y mourra d’épuisement, de malnutrition et de la tuberculose, suite à une année de mauvais traitements. Le père Brontë, horrifié, retira ses filles de l’institution et Charlotte en garda pour toujours l’horreur des institutions victoriennes soi-disant charitables. Elle en nourrit une immense colère et décrivit ces sentiments dans le récit que fait Jane Eyre (son alter ego littéraire), de Lowood et de son amie Helen Burns (largement inspirée de sa sœur Maria).

Branwell Brontë, le fils et frère que tous considèrent comme un génie et qui possédait d’ailleurs de réels et brillants talents littéraires, partit à Londres dans le but d’étudier l’art, avec le désir de devenir peintre. Il se perdit dans l’alcool, le laudanum et l’errance, ayant perdu son argent, amoureux d’une femme mariée dont l’époux se jura de briser le jeune homme. Beaucoup de personnalités célèbres ont posé pour Branwell, mais souvent, le jeune dilettante ne terminait pas les portraits qu’on lui commandait. Les seuls portraits finis sont ceux – magnifiques – de sa sœur Emily.

Charlotte et Emily travaillèrent comme gouvernantes dans des écoles privées ou des familles riches, subissant les habituelles humiliations réservées aux demoiselles dans ce type d’emploi. Charlotte partit à Bruxelles, mais dut revenir rapidement, l’épouse jalouse du directeur l’ayant renvoyée, lui-même ne répondit d’ailleurs jamais aux sentiments passionnés que lui portait la jeune femme.

En 1846, sous les pseudonymes d’Acton (Anne), Ellis (Emily) et Currer (Charlotte) Bell, les trois sœurs publièrent leurs premiers romans à compte d’auteurs. Les dures conditions de vie et la tuberculose, liées aux tourments intérieurs, épuisèrent ces natures excessivement sensibles et Charlotte demeura seule avec son père. Elle épousa le vicaire du pasteur Brontë, malgré l’avis opposé de ce dernier. Le mariage avec Arthur Bell Nichols fut heureux mais très bref : l’année suivante, Charlotte, enceinte, décéda d’un refroidissement contracté lors d’une promenade dans cette lande qu’elle adorait.

The Bronte Way Crossing Haworth Moor towards Top Withins on the Horizon Haworth West Yorkshire England

Sources :

  • Site Maison d’Ecrivains.
  • Lettres illustrées – Les Brontë, Juliet Gardiner, Herscher, 1994.

Merci de votre lecture.

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