Le Vase d’Aliénor d’Aquitaine

Le Vase d’Aliénor d’Aquitaine

Ce vase était un cadeau de mariage qu’Aliénor d’Aquitaine avait offert à son premier époux, Louis VII, Roi de France.

Pourquoi ce vase porte-t-il le nom de la reine Aliénor d’Aquitaine ?

La reine Aliénor est certainement l’une des plus célèbres du Moyen Âge.

Fille de Guillaume X, duc d’Aquitaine, elle était une des plus grandes héritières de l’époque : le duché correspond alors au centre et au sud-ouest de la France. Son mariage avec le roi Louis VII en 1137 agrandit donc considérablement le royaume de France. Mais la mésentente entre les époux et le tempérament impétueux de la reine et le fait qu’Aliénor n’ait eu que deux filles et pas d’héritier mâle, amenèrent le couple à demander le divorce. Aliénor disait qu’elle avait épousé une moine. Par son mariage avec Henri Plantagenêt, devenu roi d’Angleterre, elle apporta l’Aquitaine à son nouveau royaume. Dans l’histoire de l’Art, le nom d’Aliénor est associé à un objet splendide constitué de deux parties d’époque et d’origine différentes, un vase de cristal de roche et sa monture en argent doré.

Vase Alienor 2

Une inscription latine sur le pied permet de reconstituer toute l’histoire du vase :

« Ce vase, Aliénor son épouse l’a donné au roi Louis, Mitadolus à son aïeul, le roi à moi-même, Suger, qui l’ai offert aux saints. »

Suger, abbé de Saint-Denis, l’avait offert aux saints Denis, Rustique et Éleuthère qui étaient honorés dans son abbaye. Lui-même l’avait reçu du roi Louis VII qui l’avait eu en cadeau de son épouse Aliénor. Elle-même le tenait de son grand-père, le duc d’Aquitaine Guillaume IX, qui l’avait reçu d’un certain Mitadolus. Ce dernier personnage est plus difficile à identifier. Il s’agit sans doute du roi musulman de Saragosse, qui portait le titre arabe d’« Imad al-dawla » (« colonne de la dynastie »), devenu Mitadolus en latin.

Il fut justement allié de Guillaume IX d’Aquitaine en 1120 et il avait pu lui offrir ce vase. Les objets d’art constituaient souvent des cadeaux diplomatiques et circulaient d’un pays à l’autre, transformés et embellis par leurs propriétaires successifs.

Vase Alienor 3

Le vase lui-même est en cristal de roche, un quartz transparent et incolore. Travailler ce matériau est particulièrement délicat, car il faut d’abord creuser le vase dans un bloc de pierre et réaliser ensuite le décor dont la beauté augmente d’autant la valeur de l’objet. Il présente un motif en « nids d’abeilles », des facettes hexagonales disposées de façon régulière. Ce décor existait déjà dans l’Antiquité romaine et se retrouve ensuite à Byzance et au Proche-Orient. Il était particulièrement fréquent chez les Sassanides, une dynastie qui règnait sur l’Iran et la Mésopotamie (actuel Irak) de 224 à 642. C’est pour cette raison qu’on attribue ce vase à l’art sassanide, connu par ailleurs pour sa luxueuse vaisselle en argent et en verre.

L’abbé Suger raconta lui-même dans ses écrits l’histoire de ce vase, et comment il le fit orner d’or et de pierres précieuses pour le rendre encore plus beau qu’il n’était.

La monture est en argent doré et se caractérise surtout par la technique du filigrane : des fils métalliques, travaillés pour former des motifs en grains, sont soudés sur la feuille de métal. Ils dessinent d’élégants fleurons perlés, très décoratifs et bien mis en valeur par le fond lisse et brillant sur lequel ils se détachent. Ce décor, assez rare à l’époque, pourrait s’inspirer d’œuvres orientales. Il est complété par des perles et des pierres précieuses qui apportent une note colorée à l’ensemble. Un décor comparable se retrouve sur d’autres vases précieux dont Suger avait commandé la monture : ce travail est donc l’œuvre d’orfèvres qui travaillaient régulièrement pour lui. Par la suite, le vase a subi quelques transformations. Les médaillons en émail parsemés de fleurs de lys ont notamment été rajoutés sur le col au XIVe siècle.

Vase Alienor 4

Le vase d’Aliénor fit partie des objets précieux offerts par Suger à Saint-Denis. Il enrichit ainsi le trésor de l’abbaye, un trésor composé de pièces exceptionnelles par leur matière et leur décor.

Suger montrait ainsi son ambition de faire de Saint-Denis l’un des centres religieux les plus puissants du monde chrétien.

Le trésor de Saint-Denis, dont de nombreuses pièces avaient déjà été fondues ou vendues, fut en grande partie détruit à la Révolution.

Mais quelques objets remarquables, comme le vase d’Aliénor, furent épargnés et envoyés au Musée du Louvre ou au Cabinet des médailles à la Bibliothèque nationale ».

Sources :
– Musée du Louvre
– Le Trésor de Saint-Denis, Editions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1991, p. 168-172.

Merci de votre lecture.

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