Flacon de parfum garni d’opales, de pierres précieuses et d’émaux, Renaissance Française ou Anglaise

Flacon de parfum garni d’opales, de pierres précieuses et d’émaux, Renaissance Française ou Anglaise

Provenance France ou Angleterre fin XVIe – début XVIIe siècle. Or émaillé, opales, opalines, diamants, rubis spinelles, saphir rose; 5,6 cm.
London Museum, Londres © Museum of London. H. 3,9 cm, 5,6 cm avec la chaîne. 1,7 cm à la base. Poids 37,39 g.


Ce flacon de parfum a été trouvé dans la cache d’un orfèvre de la Renaissance, à Cheapside, à Londres, en 1912.

Le flacon, en or émaillé est garni de pierres dures et doté d’un bouchon vissé et d’une chaînette. Le bouchon cylindrique, fileté est revêtu d’émail blanc et d’un décor d’or et d’émaux peints noirs. Il est serti sur son pourtour de 5 rubis en table, et son sommet, légèrement bombé, porte un grand diamant en table entouré de 4 pierres plus petites, dont une seule, un diamant en table, subsiste.

Le flacon présente un col fileté et un corps piriforme reposant sur un jonc d’or à fond plat. La surface est recouverte d’un émail blanc brillant, et l’épaulement souligné par 5 diamants en table disposés en alternance avec des fleurettes d’or et d’émail. Le corps est serti de plaques trapézoïdales (4 opales laiteuses translucides et une opaline) alternant avec des bandes d’entrelacs d’or et de pierres précieuses posées en applique (il en manque une).

Les plaques sont tailles en cabochon et incisées de motifs de chevrons en biseau, les pierres précieuses sont montées en bâte. Chaque bande d’entrelacs comprenait à l’origine 8 rubis et 3 diamants. Il subsiste 32 rubis sur 40 et 2 diamants sur 18 d’origine.

Chaque bande est fixée à ses extrémités par une petite épingle en or incurvée. Une frise de feuilles de vigne d’émail cloisonné vert et ambré translucide et de tiges et graines d’émaux peints noirs orne le pourtour du corps au-dessus de la base. La chaînette est suspendue à 2 anneaux fixés face à face à l’épaulement ; elle est composée de 11 éléments faits de spinelles (et d’un saphir rose) et de diamants en table sertis dans une monture quadrilobe dont le revers est orné d’émaux noirs et blancs

Cette bouteille, luxueusement ornée de pierres précieuses était le réceptacle de matières rares, exotiques et coûteuses. Posée sur une table ou portée suspendues comme un pendentif de joaillerie à une ceinture ou à un collier, elle pouvait contenir une préparation concentrée de parfums : un mélange alchimique de quintessences, une émulsion aromatique de musc, d’ambre gris, de civette et de castoreum (contenant du labdanum, du benjoin, du santal, des clous de girofle, de l’eau de rose et d’autres senteurs destinées à rendre le cœur joyeux).

Car rien, selon le médecin William Vaughan en 1612, ne pouvait mieux « faire plaisir et purifier l’esprit », que de bonnes odeurs.

Rare sont les exemplaires conservés aussi richement ornés de gemmes et d’émaux. Le flacon de Cheapside est particulièrement remarquable en ce sens. Il constitue le seul exemplaire de ce type à posséder à la fois des plaques et une chaînette sertie de pierres précieuses

L’élément clé du schéma décoratif du flacon de senteur de Cheapside réside dans l’usage de « cosse de pois » ornementales, qui apparaissent à la fois dans le travail de l’émail, la décoration repercée et les bandes entrelacées de pierres précieuses. L’ornement en cosse de pois, qui tire son nom des pois botaniques (Pisum sativum-Papilionacea) était un motif extrêmement répandu en Angleterre dans la période Tudor, et des modèles incluant des fleurs, des boutons, des tiges à trois feuilles sont caractéristiques de la broderie et des arts décoratifs de la période Elisabéthaine.

Les cosses de pois ont aussi été en vogue en France au début du XVIIe siècle, et peut-être les ornements du flacon de Cheapside s’inspirent-ils des modèles publiés par Henri Toutin en 1628.

Personne ne sait pourquoi ce flacon de parfum fut enfoui avec le stock d’un orfèvre de Londres, ni à qui il appartenait. Avait-il fait l’objet d’une commande ? Avait-il été amené à l’orfèvre pour réparation ? Fut-il confectionné dans un atelier de Paris ou de Londres ? Autant de questions qui restent dans réponse.

Il est évident que ce précieux flacon serti de pierreries, rempli d’un séduisant mélange de senteur exotiques était puissamment indicatif de la richesse et de la condition sociale de son possesseur et qu’il traduisait parfaitement l’expansion commerciale et mondiale de l’Angleterre.

Sources :

  • Le Bain et le miroir, Gallimard.
  • Musée national de Londres, British Museum.

Merci de votre lecture.

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