Voyage en Egypte – 10/2023 – Medinet Habou – Les Chroniques de l’Histoire

Voyage en Egypte – 10/2023 – Medinet Habou – Les Chroniques de l’Histoire

Le site de Medinet Habu était auparavant nommé Djanet. Dans la mythologie égyptienne, il s’agit de l’endroit où Amon a fait son apparition pour la première fois. Pour cette raison, la reine Hatchepsout et son beau-fils le pharaon Thoutmosis III y ont érigé un temple consacré à « L’Inconnaissable ». Le lieu accueillit pendant des siècles des cultes et des festivals annuels en l’honneur du dieu de la création et de la fertilité. Les anciens Égyptiens croyaient que le temple possédait des attributs magiques, les protégeant des assauts ennemis à l’époque de l’expansion libyenne à la fin du XXe siècle. Ramsès III est le dernier souverain conquérant du Nouvel Empire égyptien. Il a fait construire son temple commémoratif à Medinet Habu, sur les plans du Ramesseum (le temple funéraire de Ramsès II), en emmurant l’ancien temple d’Amon à l’intérieur. Les rois successifs jusqu’aux Ptolémées ont par la suite effectué leurs propres ajouts. Puis, lorsque les cultes païens ont été proscrits, les chrétiens ont commencé à s’installer sur le site. Medinet Habu a finalement été abandonné au IXe siècle après J.-C, après une épidémie de peste. Des restes de briques crues datant du temps de la cité médiévale, d’où vient le nom Medinet Habou (médina signifiant « ville »), sont encore visibles dans les parties hautes de l’enceinte.

Sous le règne de Ramsès III, son temple de Medinet Habou fut le siège administratif du gouvernement et une ville s’y développa, important centre économique thébain. On y trouvait des magasins, les habitations des prêtres, des bureaux, une caserne et tout ce qui contribue à la vie quotidienne d’une cité. Mais Medinet Habou s’étendait bien plus loin que les limites de ses propres murailles. On évalue le personnel à son service à près de 65 000 personnes oeuvrant soit sur place, soit dans les nombreuses dépendances de la région ou parfois, beaucoup plus loin comme dans la région du Delta où Medinet Habou possédait de nombreux troupeaux et de belles vignes.

Les remparts de Medinet Habou furent aussi les premiers à voir se manifester les toutes premières grèves de l’histoire, traductions légitimes du mécontentement des ouvriers de Deir el-Medineh venus chercher auprès de l’autorité royale le paiement de leurs salaires qu’ils étaient en droit d‘exiger et que certains fonctionnaires bien peu scrupuleux avaient détournés à leur profit. Les manifestants « se couchaient » comme l’on avait coutume de dire à cette époque, attendant patiemment au pied de la forteresse que leurs revendications soient entendues.

Pour entrer dans le complexe, il faut passer par l’immense Porte syrienne, commandée par Ramsès III sur l’inspiration des anciennes forteresses de Syrie. Admirez les dessins en relief du pharaon punissant ses ennemis, qui renvoient au temps de la guerre entre les Égyptiens et les Hittites. En longeant le mur gauche, vous parviendrez à un escalier desservant les niveaux supérieurs. Les chambres ne présentent aucun intérêt particulier, mais vous obtiendrez de splendides vues sur le village en face du temple et les terres agricoles au sud. Le premier pylône, en excellent état de conservation, délimite à proprement parler l’avant du temple. Ici également, Ramsès III apparaît dans des reliefs, glorieux dans ses batailles. Les gravures les plus connues illustrent la victoire du pharaon sur les Libyens (identifiables à leurs robes longues, leurs barbes et leurs mèches), ainsi que le tableau sinistre représentant des scribes en train de compter les mains et les organes génitaux tranchés des ennemis.

Ensuite la première cour. À gauche, vous découvrirez les ruines du Palais du Pharaon. Au cours de son usage, les trois chambres du fond formaient le harem royal. Une fenêtre du bâtiment donne sur la première cour, la « Fenêtre des Apparitions », à travers laquelle le souverain se présentait à ses sujets.

Le 1er pylone au-dessus

1ère cour, piliers osiriaques au dessous

Le deuxième pylône arbore des reliefs de Ramsès III amenant des prisonniers de guerre au couple divin Amon et la déesse-vautour Mout. La seconde cour est encadrée de colonnades et de reliefs dépeignant différentes cérémonies religieuses. Après cela, on accède à la salle hypostyle, aujourd’hui dépourvue de toit, mais qui abritait dans le passé une allée centrale surélevée. Vous pouvez distinguer Ramsès III en compagnie de différentes divinités dans les reliefs. Les compartiments à gauche de la salle servaient de lieu de stockage des objets valeureux (bijoux, métaux précieux, récipients coûteux, etc.) et des instruments de musique. Vous trouverez deux petites pièces hypostyles, chacune dotée de huit colonnes, qui conduisent à un sanctuaire de bateau.

Salle hypostyle

Le sanctuaire d’Amon

Nous allons bientôt accéder à de nouveaux mystères, en quittant ces espaces à ciel ouvert. Devant ce seuil, une rangée de piliers, puis une autre de colonnes papyriformes: on passe de formes brutes à des formes végétales, marquant un épanouissement. Ici se trouve l’accès au temple fermé: preuve en est la présence de Ramsès III qu’Atoum, le créateur, et Montou, le dieu guerrier de Thèbes, conduisent vers le sanctuaire. De plus, le roi est purifié, couronné, reconnu comme souverain. Le terme de son parcours de chef de guerre est atteint. A présent, il entre dans le domaine de la royauté en esprit.

Le temple fermé est malheureusement la partie la moins bien conservée de Medinet Habou. Les toits ont disparu. Ce qui devait demeurer dans une demi-pénombre est aujourd’hui ouvert à tous vents. Sensation un peu triste, qui exige de nous un effort d’imagination pour percevoir l’ordonnance première du temple. Il y avait trois salles à colonnes, en ligne droite, aboutissant au Saint des saints, et symbolisant trois étapes vers la Connaissance: 24 colonnes pour la première, 8 pour chacune des deux suivantes, et 4 piliers carrés pour le sanctuaire. Autour de cet axe central, épine dorsale du temple, 41 chapelles avec leurs fonctions propres. La première grande salle à colonnes, dont il ne subsiste plus que le bas, est très ruinée. Dans la partie inférieure des murs est et sud, nous assistons à nouveau à la purification du pharaon, à son entrée dans le temple intérieur et à son couronnement: ce qui était annoncé s’est réalisé. Tout se passe comme si l’image du roi avait traversé les murs du portique, franchi sans peine la frontière de pierre.

Le 1er pylône

Prochain article : DENDERA

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Sandra Di Giusto, Guide Conférencière, Auteure et Médiatrice du Patrimoine.

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