Les 500 ans de la Renaissance – Une ère nouvelle

Les 500 ans de la Renaissance – Une ère nouvelle

La France de la Renaissance est une France de grandeurs et de malheurs. Le « Beau XVIe siècle » est un temps de découvertes, de création artistique, littéraire, scientifique avec une forte croissance économique et démographique, mais c’est aussi le siècle des guerres de Religion qui a tant divisé le peuple français. Avec les guerres d’Italie, la France importe de nouveaux idéaux, de nouveaux savoir-faire et de nouveaux svoir-vivre.

La Vénus de Botticelli
La Naissance de Vénus de Botticelli, peintre italien, vers 1445-1510. Il appartenait à la première Renaissance Florentine

Le mot Renaissance (Rinascimento) a été utilisé par les humanistes italiens de la fin du XVe siècle pour désigner un mouvement intellectuel qui visait à renouveler les façons de penser, d’agir, de créer et de vivre en prenant pour exemple l’Antiquité gréco-romaine redécouverte à travers les vestiges de ses monuments et de sa littérature. On tourne le dos au Moyen Age et on innove tout en prenant pour modèle cette lointaine Antiquité.

Dans notre histoire, on place la Renaissance entre le Moyen Age et les Temps modernes. Les guerres d’Italie qui ont débuté en 1494 avec Charles VIII ouvrent une longue période de conquêtes mais aussi de découvertes. Très vite, les Rois français vont être séduits par la beauté des oeuvres italiennes, qu’elles soient artistiques, architecturales ou encore littéraires. Louis XII et François Ier vont grandement influencer leur propagation en France.

L’architecture évolue, des artistes viennent d’Italie pour construire des châteaux, des galeries, des jardins. La mode vestimentaire évolue également. De nouveaux produits arrivent sur les tables françaises grâce aux Grandes Découvertes des Nouveaux Mondes. Et c’est François Ier, Roi de France de 1515 à 1547 qui devient l’incarnation parfaite du Prince de la Renaissance en tant que héros et mécène.

François Ier à cheval
« François Ier à Cheval », enluminure attribuée à Jean Clouet, BnF.

Cette période est le choc des Etats-Nations avec une Chrétienté qui cède peu à peu la place à une mosaïque d’Etats-Nations sur lesquels le Pape, jusque-là tout puissant, n’exerce plus de pouvoir uniforme au point de voir sa ville de Rome assiégée par l’Empereur lui-même en 1527. Trois hommes s’affrontent pour la domination de l’Europe, c’est la guerre des pouvoirs entre François Ier, Charles Quint et Henri VIII.

En France, le Royaume est florissant après la longue période de la Guerre de Cent ans. Les constructions se multiplient, l’agriculture retrouve un souffle et retrouve des bras pour travailler la terre. L’artisanat, le commerce et les échanges commerciaux sont en plein essor. La prospérité gagne le pays. Les successions se font sans heurt, Charles VIII, Louis XII, François Ier, son fils Henri II, et les fils de ce dernier, François II, Charles IX et Henri III.

En France, c’est tout d’abord dans le Val de Loire que va se transposer cette Renaissance. Cet art de vivre inédit et unique est le symbole de l’excellence et du raffinement qui se développe, entre fêtes somptueuses et tensions religieuses.

La Loire est le plus long fleuve d’Europe. Au Moyen Age, c’est une région parsemée de forteresses austères qui vont, peu à peu, évoluer en beaux châteaux de plaisance : Blois, Amboise, Chenonceau, Ussé, Romorantin, Villandry, Chambord et bien d’autres encore.

Chenonceau
Azay-le-Rideau
Amboise

C’est au château d’Amboise que Charles VIII et Anne de Bretagne s’installent. Ils font de la forteresse médiévale un véritable palais au goût nouveau, confortable et prestigieux. Malgré ses guerres en Italie, le règne de Charles VIII marque un renouvellement profond de la manière de vivre à la cour de France, cour qui devient le cadre d’une révolution esthétique et spirituelle.

Après Amboise, c’est le château de Blois qui va recevoir les honneurs du Roi de France. Louis XII succède à Charles VIII et prend pour épouse sa veuve, Anne de Bretagne. Il a grandi à Blois et c’est tout naturellement qu’il en fait sa résidence principale. Il entreprend la reconstruction du château. L’influence italienne se traduit dans la création de jardins jouxtant le château et par la création d’une galerie qui permettait d’accéder à chaque salle, sans être contraint de traverser toutes les pièces du château, selon l’usage français. Dès 1462, Blois devient la résidence préférée des Rois de France et elle le restera pendant plusieurs décennies.

Statue équestre de Louis XII à Blois

Le Roi Louis XII s’impose jusque dans l’architecture. Dans la cour d’honneur du château de Blois, il fait installer, au dessus de la porte d’entrée, une statue équestre le représentant. C’est une affirmation puissante de sa majesté et souveraineté. Le Roi est maître de son château tout comme il est maître de son Royaume. Il s’entoure alors des meilleurs artistes français et italiens.

Mais le 1er janvier 1515, Louis XII meurt et c’est son cousin, François de Valois-Angoulême qui monte sur le trône de France sous le nom de François Ier. François avait épousé la fille de Louis XII, Claude de France, 8 mois auparavant. Il est séduit par cette propriété gigantesque qu’est Blois. Comme ses prédécesseurs, François tente de conquérir le Milanais en Italie et comme eux, il est totalement conquis par l’Art Italien. Il décide de rajouter une aile au château de Blois. Il opte pour la belle pierre blanche de tuffeau, utilisée pour la première fois dans la construction d’une maison royale. Cette pierre va devenir l’identité culturelle même du Val de Loire. François Ier fait construire l’aile des loges, les galeries. Cette galerie des loggias est totalement inspirée de l’architecture italienne. François Ier met en scène son pouvoir royal par l’architecture. mais il ne va pas s’arrêter là… Dans son esprit, a déjà germé un projet d’une ampleur phénoménale. Et ce nouveau projet s’appelle :

CHAMBORD

C’est le château le plus grand et le plus mystérieux de l’architecture française. C’est le château de la démesure, dans un domaine de 5440 hectares, le plus grand parc clos d’Europe.

Pour François Ier, c’est le château idéal, un château de rêve, immense et somptueux. Il choisit une région de forêts giboyeuses et pleine de marécages. C’est un défi extraordinaire qui commence en septembre 1519. Il a fallu des milliers de pilotis pour établir les fondations de ce château édifié sur un terrain mouvant. L’eau a été une menace permanente. Il a également fallu plus de 1800 ouvriers pour venir à bout d’un tel chantier. Au delà de la prouesse architecturale, François Ier a voulu inscrire dans la pierre la dimension de sa propre grandeur et de la dimension très puissante de la royauté. Chambord est le manifeste absolu de François Ier et il aura fallu 20 ans pour achever cet incroyable chef d’oeuvre de tuffeau et d’ardoises.

Chambord est une merveille architecturale. Son intérieur recèle également de trésors. Son escalier à double révolution, c’est-à-dire un escalier avec deux vis imbriquées, permet à deux personnes de l’emprunter en même temps, sans jamais se croiser.

François Ier a eu la merveilleuse opportunité de rencontrer en Italie, le Grand « Leonardo da Vinci » – Léonard de Vinci qui, invité par le Roi, arrive en France en 1516. Peintre, architecte, ingénieur et génial inventeur, Léonard est âgé de 64 ans quand il quitte son pays et s’installe près de François Ier. Il n’a rien perdu de sa créativité et il est installé dans la demeure de Louise de Savoie, la mère du Roi, au Clos-Lucé.

Léonard de Vinci
Le Clos-Lucé

C’est dans la Salle Renaissance que Léonard de Vinci recevait ses amis et que ce trouve une copie de son célèbre tableau « La Joconde »

La reconstitution de l’atelier de l’artiste, avec les copies de ses trois oeuvres majeures, (la Vierge à l’enfant avec Sainte Anne, Saint Jean Baptiste et la Joconde) donne une ambiance toute particulière à la pièce, comme si Léonard était tout proche et qu’il allait, d’un instant à l’autre, surgir pour poursuivre son travail. Mais malade depuis son arrivée dans le royaume, Léonard de Vinci meurt en 1519.

Après les Rois, l’architecture et les arts, la Renaissance est aussi un temps de duel entre les femmes de la cour. Des Dames de Cœur aux Dames de Pique, des Reines aux favorites, chacune a dû faire preuve d’une énergie considérable pour garder sa place dans ce milieu et accepter ou rivaliser d’ingéniosité pour durer dans le temps et dans le cœur du Roi (tout du moins, le plus possible).

François Ier, marié à Claude de France, a eu de nombreuses maîtresses. Mais parmi celles qui ont occupé son cœur longtemps, il y a eu Françoise de Foix, Comtesse de Chateaubriand et Anne de Pisseleu, Duchesse d’Etampes.

Henri II, marié à Catherine de Médicis, a profondément aimé Diane de Poitiers, qui fut sa gouvernante, puis sa maîtresse jusqu’à sa mort en 1559.

Diane de Poitiers a été la gouvernante des enfants de François Ier. En 1547, quand il monte sur le trône à la mort de son père, Henri II, fait construire pour elle un magnifique château en Val de Loire.

Chenonceau

Château de Chenonceau

L’environnement a été prédominant pour le choix de l’emplacement du château. Ce dernier est construit sur les piles d’un ancien moulin sur le cours du Cher. C’est un véritable château Renaissance qui voit le jour, en pierre de tuffeau, avec de larges fenêtres à meneaux et de superbes lucarnes. Diane va ajouter un pont à arcades sur le Cher que Catherine de Médicis fera couvrir d’une double galerie lorsqu’elle récupérera le château à la mort de son mari, le roi en 1559.

Catherine a fait de ce château un lieu de fêtes et de réceptions. On y écoute de la musique, on y mange, on y danse, on y admire des feux d’artifice. Elle ajoute des jardins à ceux de Diane de Poitiers. Ces fêtes vont servir la stratégie de Catherine pour tenter de pacifier le royaume qui est divisé par les guerres de Religion. Ces cérémonies réunissent différentes forces politiques afin de les faire co-exister autour de la personne du roi. Elle rassemble catholiques et protestants, le temps d’une fête, où elle écrit elle-même dans ses lettres qu’elle aimait réunir ces hommes pour « faire ballet ensemble« . Les uns sous l’égide du Duc de Guise, et les autres appartenant au Prince de Condé.

Le château est entouré de jardins, ceux de Diane de Poitiers et ceux de Catherine de Médicis.

Labyrinthe de Chenonceau

Le jardin au XVIe siècle évolue en plusieurs étapes. Le jardin clos du Moyen Age est abandonné, tout comme le jardin italien au profit de jardins géométriques compartimentés dont les symétries accentuent les perspectives et qui s’agrémentent de terrasses, de bosquets, de topiaires, et de fontaines. Les artistes horticulteurs ont tout loisir pour créer de superbes espaces. Même s’il ne reste plus de jardins Renaissance d’origine dans leur totalité, nous avons connaissance de ces aménagements grâce au dessins publiés par Androuet du Cerceau dans son ouvrage sur « Les Plus excellents Bâstiments de France« . Ces jardins d’un nouveau genre sont l’apanage des châteaux de plaisance.

Plan du Palais des Tuileries. D’après Androuet du Cerceau. Entre 1576 et 1579Plan tiré de « Les plus excellents bastiments de France« .

Villandry

Villandry est aujourd’hui le lieu où l’on peut découvrir les plus grands jardins de type Renaissance. C’est le dernier grand château construit en Val de Loire. Le jardin actuel est le fruit d’une reconstitution effectuée dès 1906 par le docteur Joachim Carvallo, mécène d’origine espagnole pour la restitution des jardins de Villandry. Le domaine s’étend sur six hectares.

Villandry possède une architecture d’avant-garde, voulue par Jean Le Breton, Ministre des finances de François Ier. Ancien Ambassadeur à Rome, il a pu admirer les jardins italiens et décide d’ériger dans son domaine deux grandes terrasses, l’une cultivée en potager et l’autre en jardin d’agrément. Au cours des siècles, Villandry s’est agrandi d’une troisième, puis d’une quatrième terrasse avec des dessins qui s’appuient sur le travail d’Androuet du Cerceau.

Fontainebleau

En 1528, François Ier transforme la bâtisse médiévale, près de Paris, pour y loger avec sa cour. Le château devient alors l’épicentre d’un renouveau esthétique sans précédent. François Ier convie à grand frais des artistes italiens dont le talent est inégalé en France pour servir ses ambitions de monarque bâtisseur. Après avoir été fait prisonnier à la bataille de Pavie en 1525 et resté prisonnier un an en Espagne sous la surveillance de Charles Quint, François Ier n’aura de cesse de mettre son pouvoir en évidence. Il quitte alors les bords de Loire et son château de Chambord pour établir et fixer le cœur politique de son royaume à Paris. Il se consacre alors au Louvre et à Fontainebleau. En 20 ans, le palais médiéval de Fontainebleau devient une splendide demeure Renaissance, qui donne même naissance à un mouvement artistique que l’on appellera « l’Ecole de Fontainebleau« .

La grande salle de Bal de Fontainebleau

Dans ce lieu magnifique, François Ier accumule une riche collection d’œuvres d’art qui viennent d’Italie et de Flandres mais également une collection de livres qui constitue l’une des plus riches bibliothèques d’Europe comprenant plus de 4500 ouvrages, dont de précieux manuscrits grecs.

Bibliothèque de Fontainebleau

Fontainebleau est devenu le château favori de François Ier. Le roi y passe la plus grande partie de son temps, entouré de milliers de personnes, sa famille, ses courtisans, serviteurs, ambassadeurs étrangers et toute autre personne proche de lui. Au château, fêtes, arts, chasses et diplomatie rythment les journées. François Ier affirme sa Puissance royale et prouve que la Gloire d’un souverain ne se démontre pas que sur les champs de bataille, mais aussi dans les fastes et les symboles de la pierre éternelle des bâtisseurs dont il a été l’ordonnateur.

A la mort de François Ier, son fils, Henri II durcit les actions contre les protestants. Avant de mourir, ce dernier voulait même expulser les huguenots du Royaume de France. C’est plus tard, sous le règne de son fils Charles IX qu’a lieu le terrible massacre de la Saint Barthélémy, le 24 août 1572, peu de jours après le mariage d’Henri de Navarre, son cousin protestant et de sa soeur, Marguerite de Valois, appelée la Reine Margot.

Le pays tombe alors dans un climat des plus sanglant qui va perdurer jusqu’en 1598, date à laquelle Henri IV va promulguer le fameux Edit de Nantes qui octroie la liberté de culte aux protestants.

De la beauté de la Renaissance à la cruauté des guerres de Religion cette période a été des plus contrastée. Elle revêt bien des visages.

L’Edit de Nantes
Henri IV, Roi de France de 1589 à 1610

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