Il était une fois le plus beau château du Périgord – Hautefort

Il était une fois le plus beau château du Périgord – Hautefort

Perché sur son promontoire rocheux, tel un gardien de l’Éternel, le château de Hautefort est une sentinelle majestueuse qui a traversé le temps. Un château envoûtant qui laisse une marque profondément ancrée dans les souvenirs des visiteurs et encore plus dans la vie d’un guide, si l’on a eu l’honneur et le privilège d’y travailler, comme cela fût mon cas. Marquée au cœur à jamais par ce château, il est le symbole d’une passion pour l’Histoire qui m’habitera éternellement.

Château de Hautefort

L’histoire d’un lieu est aussi celui des hommes et des femmes qui ont traversé les siècles avec lui. Le chant des pierres résonne de concert avec celui d’une foule de personnages qui ont vécu à Hautefort. Entre l’histoire et la légende, le voyage dans le temps nous transporte dans un monde où seigneurs et serviteurs ont partagé leur quotidien de peines et de joies, de faits et de légendes. Fidèle gardien dominant le village accroché à ses pieds, les plaines et les forêts, il domine les vallées de la Bauze et de la Loudre, affluents de l’Auvézère. Dominant l’horizon, aux confins du Périgord, de la Corrèze et du Limousin, ce gardien majestueux rayonne comme un soleil irradiant la campagne.

On ne revient jamais indemne de Hautefort et si votre âme a été conquise, alors c’est que le château vous a accueilli parmi la foule de gentes dames et hommes qui ont marqué son histoire.

Un peu d’Histoire…

Les premières mentions écrites du château datent du Moyen Age. Toutefois, il semblerait que le site ait pu être celui d’un camp romain, qui sur cet oppidum naturel dominait le vaste horizon.

Plusieurs orthographes du site sont relevées depuis le Moyen Age : Alefortis en latin, Autafort, Autefort, Aultefort, Autifort et enfin, Hautefort (Haut et Fort, Altus et Fortis, devise des Seigneurs locaux).

Le lieu est mentionné dès le IXe siècle comme étant la propriété des Vicomtes de Limoges.

photo Corrèze Montgolfière

Le château tel que nous le connaissons aujourd’hui date du XVIIe siècle et ses plans sont attribués à l’architecte Nicolas Rambourg. Le château médiéval a été totalement transformé pour devenir une somptueuse construction de l’architecture classique. Il ne reste plus du temps des chevaliers que les deux tours rondes, l’une appelée Tour de Bretagne et l’autre Tour de la chapelle. Voici deux schémas très intéressants, non signés et non datés, qui se trouvaient dans le première salle de la Tour de Bretagne, lorsque j’étais guide au château en 1993-94-95.

Il semble que les dimensions du site et du château médiéval étaient similaires à celles du château actuel. Comme ce fut le cas pour la majorité des Castrums, le donjon était situé au centre de la cour centrale et il était entouré de tours et de murailles fortifiées et crénelées. Une avant et une arrière-cour constituaient les basses-cours du château. Les tours : la tour de la palme, la tour du Maur, la tour longue, la tour des prisons, et d’autres étaient reliées entre elles par les remparts.

Le premier seigneur de Hautefort fut Guy de Lastours, dit Le Noir aux environs de l’an mille. L’un de ses descendants, Gouffier ou Golfier de Lastours fut l’un des trente premiers chevaliers qui entrèrent dans Jérusalem, en 1099, aux côtés de Godefroy de Bouillon. Les Lastours se sont ensuite alliés au de Born, par le mariage d’Agnès de Lastours, fille d’Olivier de Lastours, avec Constantin de Born, lui-même le frère du célèbre troubadour, Bertran de Born. Bertran avait aussi conclu une alliance avec la sœur d’Olivier de Lastours. Ainsi, les deux frères avaient épousé la fille et la sœur du descendant de Guy Le Noir, baron de Lastours et seigneur du Limousin.

BNF- Bertran de Born, chansonnier, XIIIe siècle.

Bertran et Constantin étaient donc co-seigneurs de Hautefort au XIe siècle, mais ils devinrent très vite rivaux. Aliénor d’Aquitaine avait épousé Henri Plantagenêt en 1152, lequel était monté sur le trône d’Angleterre en 1154. L’Aquitaine appartenant à Aliénor, ce territoire devenait possession anglaise dès leur mariage. Henri II Plantagenêt avait eu plusieurs fils avec Aliénor, dont Henri Court Mantel, Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre. Se disputant le château avec son frère, Constantin noua une alliance avec Henri Plantagenêt et son fils Richard Cœur de Lion, à cette époque, duc d’Aquitaine. Et Bertran, lui, avec Henri Court Mantel, le fils aîné. Henri Court Mantel fut tué en 1183 et Richard prit Hautefort au bénéfice de Constantin, Bertran étant fait prisonnier.

Bertran de Born était guerrier et batailleur, mais sans conteste l’un des plus grands troubadours de son temps. Il chanta si bien la mort de son ami et fils du roi d’Angleterre que ce dernier finit par lui donner Hautefort. Bertran remercia Henri Plantagenêt en ces termes : « Point ne me souci de Hautefort, qu’il ne donne raison, droit ou tort, pour ce jugement je crois mon seigneur le Roi« .

BNF – Chansonnier du XIIIe siècle – Bertran joutant.

Aliénor d’Aquitaine à Hautefort

La légende rapporte qu’une nuit, un petit groupe se présente au château. On distingue une femme âgée entourée d’une petite escorte. Il s’agit d’Aliénor d’Aquitaine âgée d’environ 70 ans qui vient demander au seigneur de Hautefort de l’aide pour payer la rançon de son fils Richard Cœur de Lion, fait prisonnier en Autriche, au retour de la croisade en 1192. Bertran aurait lui-même dû participer à cette croisade mais l’amour de sa dame l’aurait retenu en Périgord. Oubliant les querelles passées, Bertran donna de l’argent à Aliénor et participa ainsi au trésor de la rançon pour faire libérer Richard. Deux fois veuf et las des guerres, Bertran de Born s’est retiré à la proche abbaye du Dalon en 1196. Représenté par l’auteur italien Dante dans son « Enfer« , il s’éteint en 1214, âgé de plus de 70 ans.

LES de FAYE, de GONTAUT

et de HAUTEFORT

Les descendants de la famille de Born restèrent à Hautefort jusqu’en 1237, date à laquelle meurt le dernier petit-fils de Bertran de Born. Sa fille épousa Aymar de Faye, seigneur de Thenon. Plus tard, Marthe de Faye-Born, arrière-petite-fille du troubadour épousa en secondes noces son cousin, Hélie de Gontaut, seigneur de Badefols de Cadouin-Lalinde. Leur fils, Jean, prit le nom de Hautefort, fondant ainsi la famille historique qui a porté ce nom jusqu’au XIXe siècle.

Un seigneur de Hautefort, également nommé Jean, fut chambellan du roi de France Charles VIII et de son successeur, Louis XII. Il fut aussi gouverneur du Périgord et du Limousin. François Ier donna le droit aux seigneurs de Hautefort de créer sur leurs terres deux foires, l’une à Hautefort, l’autre à Thenon. Louis XIII quant à lui, érigea la baronnie de Hautefort en Marquisat. François de Hautefort, premier Marquis, était gentilhomme ordinaire de la chambre du roi et chevalier de l’ordre de Saint-Michel. C’est lui qui fut l’ordonnateur des grands travaux qui allait donner naissance au château que nous connaissons aujourd’hui. Il eut un fils, Charles-François qui est mort jeune et qui était maréchal de camp. Le fils de Charles, Jacques François était conseiller du roi, maréchal de camp, écuyer de la reine et chevalier de l’ordre du Saint-Esprit. Il poursuivit les travaux du château de son grand-père à Hautefort et appella l’architecte lorrain Nicolas Rambourg pour le transformer.

Jacques-François de Hautefort
Signature de Nicolas Rambourg (Rembourg)

Jacques-François passait pour un pingre à la cour car il n’était pas dépensier pour ses vêtements, et sa tenue était dit-on, parfois même négligée. Il devait certainement consacrer tout son argent à son beau château du Périgord. Il fut également le fondateur de l’hôpital-hospice de Hautefort, fondé le 4 février 1669, afin qu’à l’image des 33 années de vie du Christ, l’établissement y reçut 33 pauvres, 11 hommes, 11 femmes et 11 enfants. Des moyens de subsistance composés de rentes et de dîmes inféodées furent également prévus dès la fondation.

photo musée de Hautefort © Skyme.fr

Le marquis Jacques-François de Hautefort est mort sans descendance. Sa sœur, Marie de Hautefort née vers 1616, dame d’honneur de la reine Marie de Médicis puis dame de compagnie de la reine Anne d’Autriche était appelée « la belle Aurore » tant elle était belle et innocente. Louis XIII ne manqua pas de la remarquer pour sa grande beauté et sa grâce. L’histoire raconte que Louis et Marie se seraient aimés d’un amour intense mais platonique. Fidèle à la Reine, Marie était opposée à Richelieu et il réussit à la faire disgracier en 1641. En 1643, après la mort de Louis XIII, Anne d’Autriche la rappela auprès d’elle mais Mazarin réussit à l’éloigner de nouveau. Elle épousa le maréchal de Shomberg, duc d’Halluin, en 1646, qu’elle suivit dans son gouvernement de Metz où sa charité a été très appréciée. Elle entra au couvent à la mort de son époux.

Pendant ce temps, la vie continuait à Hautefort et le château connut la tourmente révolutionnaire avec maintes et inutiles destructions… Le château fut transformé en prison pendant le règne de la Terreur et les châtelains de Hautefort guillotinés laissant une fille décédée précocement dans un couvent et deux garçons, dont seul l’aîné eut une descendance. En 1818 et par mariage avec Charlotte de Hautefort, le château devint la propriété du baron Ange Hyacinthe Maxence de Damas. Ce dernier fit une brillante carrière à l’étranger. Il fut nommé pair de France, ministre de la guerre puis ministre des affaires étrangères. Familier de Charles X, il avait suivi la famille royale en exil en ne rentra en France qu’en 1834 où il rejoint la baronne de Damas au château de Hautefort. Deux de ses fils se firent jésuites, le troisième, jeune capitaine, mourut lors de la campagne de Chine et le quatrième, Maxence de Damas, hérita du château de ses parents. Sa fille était la Marquise de Cumont, qui a consacré une partie de sa vie à rédiger une Généalogie de la Maison de Hautefort.

Généalogie de la Maison de Hautefort par la Marquise de Cumont

Maxence de Damas fils est décédé en 1890 et sa veuve dut se résoudre à vendre le château à Monsieur Bertrand Artigues, un ingénieur enrichi dans le projet du creusement du canal de Panama. A sa mort, son frère hérita du château qui finit dans les mains de marchands de biens qui vendirent meubles et terres.

En 1929, c’est le baron et la baronne Henri de Bastard qui achètent le château et entreprirent une restauration complète. Malheureusement, le baron de Bastard est décédé en 1957. La baronne a continué inlassablement son oeuvre. Le 31 octobre 1958, le château fut classé « Monument Historique ». En 1959, le public fut admis dans les jardins et en 1965, Hautefort était entièrement restauré. Mais dans la nuit du 30 au 31 août 1968, un terrible incendie, dû à des mégots de cigarettes, réduit l’édifice en cendres à l’exception des deux ailes. La propriétaire, devenue Madame Durosoy lors de son second mariage avec le général Maurice Durosoy, reprit le flambeau, inlassablement et reconstruisit Hautefort, le seul enfant de sa vie. Les jardins furent classés le 31 décembre 1967 et elle créa une Fondation du château de Hautefort en 1990, afin que celui-ci ne soit plus jamais vendu. Simone Durosoy, veuve de Bastard et née David-Weill, châtelaine de Hautefort, s’est éteinte doucement le 23 avril 1999, à l’âge de 98 ans.

Elle reste, dans le cœur de toutes celles et ceux qui l’ont connu, une très grande Dame. Merci Madame Durosoy ! Grâce à vous, Notre château fut sauvé et avec lui, la mémoire de Hautefort.

Je vous retrouve dans un prochain article pour la visite du château.

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