Henri III – un portrait de Jean Decourt du dernier des Valois, découvert lors d’une vente aux enchères

Henri III – un portrait de Jean Decourt du dernier des Valois, découvert lors d’une vente aux enchères

L’Histoire n’a pas fini de nous révéler des secrets : combien d’œuvres, de trésors, d’objets inconnus nous reste-t-il à découvrir ? Un grand nombre certainement et c’est extraordinaire !

Saviez-vous que c’est lors d’une vente aux enchères en Angleterre que nous avons découvert de petit portrait de notre dernier Roi Valois, Henri III, né le 19 septembre 1551 à Fontainebleau et mort assassiné le 2 août 1589 à Saint-Cloud ?

Troisième fils et sixième enfant du roi Henri II et de Catherine de Médicis, il était le préféré de cette dernière. Henri III fut l’un des rois et l’un des hommes les plus incompris de l’Histoire. On le disait faible, efféminé, joueur, gouverné par ses passions et par ses mignons. Toutefois, il était un homme cultivé et secret qui mérite mieux que sa légende noire.

UNE VENTE AUX ENCHERES

C’est donc lors d’une vente aux enchères d’un petit portait miniature, en 2020, que l’on croyait être celui de Walter Raleigh, un favori de la reine Elizabeth Ière et un explorateur reconnu, que l’expert et marchand d’art Philip Mould a fait cette découverte capitale.

Un portrait miniature d’Henri III par Jean Decourt, daté de 1578, à la gouache et or sur vélin, de 5,7 cm de hauteur.

Henri III Delcourt
Jean Decourt ©Philip Mould & Co

Voici un portrait de Walter Raleigh par Nicholas Hilard. Il y a une certaine ressemblance, mais pas tout à fait …

JEAN DECOURT

Jean Decourt était un peintre Français, né vers 1530 et mort vers 1585. Ses dates exactes ne sont pas connues. Aucun portrait de lui n’existe.

Il succéda à François Clouet comme portraitiste de la Cour de France. Sa période d’activité se situe entre 1553 et 1584. La première mention dans les archives de Jean Decourt remonte à 1553, dans un contrat d’apprentissage. Il est signalé comme «painctre de Monseigneur le prince de la Rochesurion suyvant la court».

En 1562, il est cité comme peintre ordinaire de la reine des Écossais, Marie Stuart. Les artistes n’hésitaient pas à voyager.

Deux lettres datées de 1570 et 1571 ont été envoyées par Jean Decourt à William Cecil, le ministre en Chef de la reine Elizabeth Ière. Decourt se présente alors comme le peintre du roi Charles IX de Valois.

Les comptes royaux de 1578 à 1584 le mentionnent régulièrement. Jean Decourt a réalisé des portraits de Charles IX, de Catherine de Médicis, d’Henri III.

Il était un portraitiste remarquable. Philip Mould précise que Jean Decourt aurait également réalisé des petits portraits de Marie Stuart, d’Elizabeth Ière et de son favori Robert Dudley, lors de ses voyages en Angleterre en 1565-1566.

HENRI III

Jean Decourt ©Philip Mould & Co

Henri III reçu les prénoms d’Alexandre Édouard lors de sa naissance, en référence à ses parrains, Alexandre Farnèse, un noble Italien, grand chef militaire du XVIe siècle et le roi Édouard VI d’Angleterre, fils d’Henri VIII et de Jane Seymour. C’est au moment de sa confirmation qu’il prit le nom d’Henri.

Henri était grand, mince, beau. Mais sa santé était fragile. Il revendiquait ses préférences pour les activités intellectuelles, alors que ses prédécesseurs aimaient la chasse et la guerre. Ce n’était pas son cas, il n’était pas un homme de plein air, ni de sport.

Il chassait certes, mais peu de temps. Il aimait lire, se cultiver, apprendre. Il avait soif de connaissances et il possédait une très belle bibliothèque. C’est un roi qui aimait aussi les objets précieux. Il aimait la poésie et développa d’ailleurs l’académie de poésie et de musique créée par Charles IX.

Henri III était un homme de raffinement qui était très élégant. Il attachait beaucoup d’importance à son hygiène, il sentait bon, il se parfumait et il aimait beaucoup les bijoux.

CE PORTRAIT montre le soin qu’Henri III portait à ses vêtements et aux bijoux. Il porte une fraise blanche, un bonnet de velours noir, des colliers de perles tant aimés par les Valois et des boucles d’oreilles.

Le vêtement du XVIe siècle est indissociable de l’orfèvrerie. Le vêtement est orné de pierres précieuses, d’émaux, d’or, et de perles. Les écrivains du XVIe siècle, comme le chroniqueur Pierre de L’Estoile (1546-1611) faisaient souvent référence au goût qu’Henri III avait de porter des vêtements féminins lors des bals et fêtes de la cour où il se divertissait avec un groupe d’hommes qui étaient ses fidèles et appelés ses « Mignons« , ses favoris. Pierre de l’Estoile décrit alors qu’ils portaient « leurs cheveux longs, bouclés, recourbés par artifice, surmontés de petits bonnets de velours, comme des putains de bordels, et les volants de leurs chemises de lin amidonnée, mesurent un demi-pied de long, de sortes que leurs têtes ressemblent à (celle) de Saint Jean (Baptiste) sur un plateau« .

Pierre de l’Estoile mentionne souvent le goût d’Henri III pour le vêtement féminin :  » le roi fit des joutes, des tournois, des ballets et un grand nombre de mascarades où on le trouvait ordinairement habillé en femme, ouvrant son pourpoint et exposant sa gorge, portant un collier de perles et trois colliers de lin, deux à volants et un sur l’envers, de la même manière qu’en portaient alors les dames de la cour« .

CE PORTRAIT incroyablement réaliste d’Henri III présente tous les détails caractéristiques de l’attention qui était portée aux vêtements, aux bijoux, rendant le visage totalement vivant.

Jean Decourt avait pour habitude de placer la lumière dans la pupille de l’œil et non dans l’iris comme le faisait François Clouet.

Comment donc un tel portrait a pu se retrouver en Angleterre ? Il est fort possible que cette miniature ait été envoyée outre-manche lors de la Révolution française. Tant d’œuvres royales ont été détruites à ce moment-là que certaines ont pu être envoyées dans de nobles familles européennes pour être protégées.

Philip Mould a donné la priorité au Musée de Louvre de Paris pour racheter cette œuvre. Rejoindra-t-elle nos collections ? Cette miniature est incontestablement un trésor national. Une image inédite de ce roi incompris matérialisée par un grand artiste de la Renaissance. Espérons que cette œuvre rejoigne bientôt nos collections.

SOURCES :

  • philipmould.com
  • Fineartconnoisseur.com
  • Connaissancedesarts.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

RSS
LinkedIn
Share