L’anneau des Dames – la bague d’Elizabeth Ière et d’Anne Boleyn

L’anneau des Dames – la bague d’Elizabeth Ière et d’Anne Boleyn

C’est une bague mystérieuse qui a donné lieu à de nombreuses spéculations dans l’Histoire. On l’appelle « l’anneau des Dames » et ce merveilleux bijou est conservé à Chequers, la résidence de campagne du Premier Ministre Britannique – d’où le nom de « Chequer’s Ring« , la bague de Chequers. Elle fait donc partie d’une collection privée.

Chequers – Wikimédia Commons

Très rarement exposée au public, cette bague est l’un des objets les plus personnels ayant appartenus à Elizabeth Ière, la fille d’Henri VIII et de sa seconde épouse, Anne Boleyn.

Elle est extraordinaire de par sa rareté et sa beauté.

Il ne s’agit pas seulement d’une bague Renaissance en métal précieux : elle est bien plus originale que cela, étant composée de nacre blanche, de gros rubis, de diamants et d’or.

Le dessus de la bague appelée « la lunette » (le plateau) est composé d’une surface plane sur laquelle se trouve le monogramme de la Reine, ER – « Elizabeth Rex – Elizabeth Regina ». La lettre E est en diamant et le retour du R est un très bel émail bleu.

La bague s’ouvre et contient deux superbes portraits miniatures.

LE PORTRAIT D’ELIZABETH

Le portrait du bas, celui de profil, est incontestablement celui de la reine Elizabeth. La technique ressemble à un camée. Elizabeth est représentée en buste, le haut de ses épaules est visible et l’on distingue même une broche sur son vêtement.

La présentation est classique des réalisations des années 1570, aussi, cette bague est datée de cette période, 1570-1575.

Wikimédia Commons

LE PORTRAIT D’ANNE BOLEYN

Le second portrait laisse à penser que le personnage, par ses vêtements et par sa coiffe, appelée une « cagoule française« , date des années 1530-1540. Cette coiffe était un élément caractéristique des costumes de cette période.

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Curieusement, à l’intérieur de l’anneau, se trouve aussi le dessin d’un phénix dans le feu, le Phénix étant un oiseau mythique qui renaît de ses cendres : symbole de la Ressurection. La légende rapporte qu’il n’existe qu’un seul phénix et que mourant dans les flammes, il renaît immédiatement, étant totalement régénéré. Plusieurs tableaux représentent Elizabeth avec le symbole du phénix.

Courtesy of the Chequers Trust

Nicholas Hilliard, Phoenix portrait, Queen Elizabeth I, c. 1575, oil on panel, 780 x 610 mm.
© National Portrait Gallery, London.

Elizabeth aimait énormément les perles de culture, symbole de pureté et de virginité. Il n’est donc pas étonnant qu’elle ait choisi la nacre pour faire réaliser cette bague. La nacre est aussi très fragile et cela en faisait un objet rare et très précieux.

Alors, est-ce vraiment Anne Boleyn sur le haut de cette bague ?

En réalité, il existe plusieurs hypothèse. Des historiens ont cru voir Katherine Parr sur cette représentation. Elle fut la belle-mère d’Elizabeth et la dernière épouse de son père. Toutes deux étaient très proches et Elizabeth a mieux connu Katherine, qu’elle aimait sincèrement, que sa propre mère. Mais la possibilité que ce visage soit celui de Katherine Parr est très mince.

La troisième hypothèse formulée par les historiens serait que ce portrait représenterait Elizabeth lorsqu’elle était jeune, vers l’âge de 13 ou 14 ans. L’un des portrait existant d’Elizabeth à cet âge-là lui ressemble. Mais pourquoi Elizabeth se serait-elle faite représenter à deux âges différents ?

Non, il semble réellement que le premier portrait soit bien celui d’Anne Boleyn associé au portrait d’Elizabeth dans cet objet souvenir extraordinaire.

Nous savons également que c’est sous le règne d’Elizabeth que plusieurs portraits d’Anne Boleyn furent commandés, puisque les portraits qui existaient d’elle avaient été détruits après son exécution. Elizabeth voulait probablement réhabiliter la mémoire de sa mère en faisant réaliser ces portraits souvenir.

Le fait qu’Elizabeth n’ait jamais souhaité se marier n’est peut-être pas étranger au sort que sa mère a subi. Se marier au XVIe siècle signifiait la soumission totale à son époux. Pourquoi Elizabeth qui détenait le pouvoir et une certaine liberté de droit, se serait-elle engagée à perdre ces deux si précieux atouts ?

Evidemment, quelqu’en soient les raisons, Elizabeth ne se maria pas et n’eut pas d’enfant, et par conséquent, pas de descendance. Elle fut la dernière reine de cette dynastie des Tudor qui avait débutée en 1485, avec son grand-père, Henri VII.

Que sait-on d’autre sur cette bague ?

A sa mort, Elizabeth portait une bague en saphir et elle lui fut retirée pour la donner à son successeur, Jacques VI d’Ecosse qui devint Jacques Ier d’Angleterre. Il était le fils de Marie Stuart.

Cette bague en nacre, rubis et diamants devait être dans la collection privée de la reine, qui fut remise à son successeur. Mais ce n’est pas celle-ci qui a été donnée à Jacques d’Ecosse comme preuve de la mort de la reine.

Il est probable que ce dernier ait offert cette bague à l’un de ses amis ou favoris, en tous les cas, une personne très proche de lui. Nous savons que cette bague fut la possession de George, Lord Home (1556-1611), Comte de Dunbar. Puis, plus tard, Athur Lee, premier Vicomte Lee de Fareham (1868-1947) offrit cette bague et son domaine de Chequers au Premier Ministre. Lee possédait une collection incroyable d’objets historiques et de bijoux de la Renaissance. Son épouse et lui n’eurent pas d’enfant.

Wikimédia Commons
Pinterest
Chequer’s Ring of Elizabeth I by fresco-child on DeviantArt

Sources :

  • Les Tudors, Charlotte Bolland, RMN, 2015
  • Tudor and Jacobeans jewellery, Diana Scarisbrick, Publishing, 1999
  • The Tudor chronicles, Susan Doran, Publishing, 2008
  • Les Tudors, Connaissance des Arts, 2015
  • Les Tudors, Beaux-Arts Magasine, 2015
  • A history of jewellery, Victoria & Albert Museum

Merci de votre lecture.

2 thoughts on “L’anneau des Dames – la bague d’Elizabeth Ière et d’Anne Boleyn

  1. Magnifique bague, superbe article, un vrai régal ! Je vais aussitôt signaler cet article à Philippa GREGORY qui a consacre une dizaine de livres d’une grande sensibilité et d’une parfaite justesse psychologique (elle est aussi historienne) à la dynastie des Tudors et à la Guerre des Deux Roses!

    1. Bonjour Monique, merci beaucoup de votre commentaire enthousiaste.
      J’ai aussi fait une série sur les ouvrages de Philippa Gregory que j’aime beaucoup.
      D’ailleurs, dans ma rubrique « livres », je présente tous ses ouvrages sur la Guerre des Deux-Roses.
      Merci de votre retour 🙂

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